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Concevoir avec les habitants : une architecture qui se construit ensemble

Dans un projet d’habitat partagé, la conception participative consiste à faire le projet avec les habitants : prendre le temps de se connaître, séjourner sur place et donner une place à chaque voix.



Un projet d’habitat partagé commence par des personnes, des envies et une manière de vouloir vivre ensemble. Avant de dessiner des espaces, il faut comprendre ce qui rassemble les futurs co-habitants, mais aussi ce qui les distingue : leurs rythmes, leurs besoins d’intimité, leurs habitudes et leur rapport au collectif.

Dans les projets que j’accompagne, la conception participative consiste à faire le projet avec les habitants. Chacun apporte sa connaissance du lieu, son expérience quotidienne et ses aspirations. Mon rôle d’architecte est de mettre ces contributions en dialogue, de les traduire dans l’espace et de les confronter aux possibilités du bâtiment, au budget et aux contraintes techniques.

Prendre le temps de se connaître

Un programme architectural ne se résume pas à une liste de pièces et de surfaces. Derrière le souhait d’une grande salle commune, par exemple, se cachent des usages parfois très différents : cuisiner ensemble, recevoir des amis, organiser des activités ou simplement se retrouver autour d’un café.

Prendre le temps d’échanger permet de préciser ces attentes, de faire émerger les questions encore ouvertes et de construire une confiance réciproque. Cette confiance est essentielle pour pouvoir exprimer un désaccord, explorer une idée ou revoir une priorité.

Les futurs habitants de l’Oasis du Mazet, réunis dans un salon devant les plans projetés sur un écran
Présentation des plans au collectif de l’Oasis du Mazet, dans le Lot-et-Garonne.

Séjourner sur place pour mieux comprendre

C’est pourquoi, dans ma démarche, séjourner sur place constitue un véritable temps de travail et de conception. Une réunion permet de recueillir des demandes ; plusieurs jours d’immersion permettent de mieux comprendre les liens entre les personnes, le lieu et le projet.

Parcourir le site ensemble, partager un repas, observer les circulations ou découvrir les espaces à différents moments de la journée apporte une connaissance qu’un plan ou un échange à distance ne transmet pas entièrement. Les conversations informelles révèlent souvent des besoins qui n’avaient pas encore trouvé leur place dans le programme.

Cette présence permet aussi de ressentir le lieu : sa lumière, ses vues, ses ambiances sonores, ses usages actuels et les qualités auxquelles les habitants sont attachés. Elle aide à identifier ce qu’il faut transformer, mais aussi ce qu’il serait précieux de conserver.

Présentation du projet au collectif de l’écolieu de l’Aérium, assis dans une grande salle face à l’écran
Présentation du projet au collectif de l’écolieu de l’Aérium, dans les Cévennes.

Donner une place aux différentes voix

Concevoir à plusieurs demande un cadre pour que chacun puisse contribuer. Les échanges collectifs, les temps de réflexion individuelle, les visites commentées et le travail autour de croquis peuvent se compléter selon les besoins du groupe.

L’enjeu est de faire apparaître les attentes communes sans effacer les différences. Quelle place donner aux espaces partagés ? Comment préserver l’intimité de chacun ? Où se rencontrent les usages, et où risquent-ils de se gêner ? Quels aménagements sont prioritaires, et lesquels peuvent attendre ?

Les plans deviennent alors des supports de discussion. Ils rendent les choix concrets, permettent de comparer plusieurs possibilités et aident le groupe à décider en comprenant leurs conséquences.

Travail en groupe autour du plan d’ensemble de l’écolieu d’Argoumbat, posé sur une table et annoté de papillons adhésifs
Travail autour du plan d’ensemble avec le groupe de l’écolieu d’Argoumbat, dans le Tarn-et-Garonne.

Apporter un regard d’architecte au projet collectif

La participation des habitants s’appuie sur un travail de conception et de synthèse. J’apporte un regard extérieur, je questionne les demandes, propose des solutions et rends lisibles les arbitrages entre qualité d’usage, faisabilité, coût et calendrier.

Il ne s’agit pas de demander aux co-habitants de devenir architectes. Il s’agit de leur permettre de prendre part aux décisions qui concernent leur futur cadre de vie, avec les éléments nécessaires pour faire des choix éclairés.

Le séjour sur place nourrit ce travail. Il se prolonge ensuite par des études, des propositions et des échanges qui permettent de faire mûrir le projet.

Séance de travail avec des membres de l’habitat participatif Aygue Mazel, autour d’une table, la maquette numérique du projet à l’écran
Séance de travail avec le groupe de l’habitat participatif Aygue Mazel, dans la Drôme.

Construire un lieu que l’on comprend et que l’on s’approprie

La conception participative prépare aussi la vie future du lieu. En discutant des espaces, les co-habitants précisent leur manière de partager, d’accueillir et de préserver leur autonomie. Ils construisent progressivement une compréhension commune du projet.

Mon engagement est d’accompagner ce cheminement et de lui donner une traduction architecturale cohérente. Prendre le temps d’être sur place, d’écouter et de concevoir ensemble permet de dessiner des lieux qui répondent aux personnes qui les habiteront, tout en laissant de la place à l’évolution de leurs vies.

Les habitants de l’habitat participatif Ecoravie réunis devant une présentation du projet de leur maison commune
Les habitants d’Ecoravie, à Dieulefit, réunis autour du projet de leur maison commune.

Les projets d’habitat partagé accompagnés par l’atelier sont présentés dans habitats participatifs et écolieux.

Rédigé par
Camille Behaghel
Architecte HMONP, fondation de l’atelier en 2014
Camille Behaghel a créé Atelier 108 Architecture en 2014, après plusieurs années d’expérience en France et à l’étranger : Londres, Bangalore auprès de l’agence Biome, puis l’unité internationale de l’AREP, avec des missions en Inde, en Malaisie et en Chine. Architecte diplômé d’État (ENSAP Lille, 2007), titulaire de l’HMONP depuis 2018 et formé à l’architecture d’intérieur, Camille accompagne aujourd’hui surtout des collectifs d’habitants, des écolieux et des tiers-lieux, en privilégiant les matériaux biosourcés et une rénovation frugale. L’atelier est installé au tiers-lieu de l’Usine vivante, à Crest, dans la Drôme. Il a vécu six mois au Japon, dont l’architecture nourrit son travail : la composition fluide des espaces, le choix de matériaux nobles, les jeux de clair-obscur. Son mémoire d’HMONP portait sur l’architecte « post carbone ».